Nous sommes actuellement au Mexique. L'Amérique centrale résonne encore dans ma tête...
L'odeur de tortillas est toujours fixée à mes narines. Le goût du "gallo pinto" et des fruits exotiques s'accroche à mes papilles. Les volcans,
lacs, bords de mer, jungles et montagnes sont restés imprimés sur ma rétine. La chaleur humaine des gens réchauffe encore ma main à travers le souvenir des si nombreuses poignées
de main. Les histoires de guerre civile et guerres de gangs qui se baladent encore dans mes oreilles manquent de me percer les tympans, mais les douces voix des personnes avec qui
nous avons échangé et les milles chants des animaux que nous avons croisés apaisent cette douleur.
Mes cinq sens se sont imprégnés de tout ce qui fait la particularité de ces cinq petits pays que sont le Costa Rica, le Nicaragua, l'Honduras, le Salvador et
le Guatemala.
Costa Rica
Costa rica (côte riche), c'est comme ça que les colons ont baptisé ce petit bout de terre lorsqu'ils l'ont découvert en 1510.
A chaque coup de pédale c'est un
nouvel oiseau aux couleurs innattendues qui plane juste au dessus de nos têtes, c'est un concert d'une centaine de grenouilles aux sons tous différents, c'est un tapir qui traverse tranquillement
la route, des crabes aux couleurs flashy, des singes qui se prélassent ou qui se balancent d'arbres en arbres... c'est aussi beaucoup de volcans, toujours en activité pour certains, (tout le pays
a d'ailleurs avant tout été formé par une importante activité volcanique) et surtout des plages de rêve où les surfeurs californiens ont trouvé leur place.
Le tourisme s'est énormément développé. Là où nous sommes passés, le Costa Rica fait un peu penser à une colonie des Etats Unis. Il y a certaines villes
où ne vivent presque que des américains retraités, ne parlant pas l'español, et où la musique caribéenne qui sort des bars a fait place à de la musique country. L'español parlé ici par les
"ticos" (habitants du Costa Rica) a d'ailleurs un léger accent des Etats-Unis, par exemple "Costa Rica" se prononce ici "Costa Wica".
Le tourisme de masse, s'il rapporte de l'argent au pays, fait au
ssi quelques dégâts ici. Il
privatise de plus en plus tout ces petits coins de paradis qui deviennent accessibles seulement aux plus riches et il a fait augmenté le coup de la vie (tout est presque aussi cher que chez nous
dans les lieux touristiques) sans que les revenus des ticos n'augmentent.
Mais du même coup, l'éco-tourisme pratiqué ici, injecte des fonds pour la sauvegarde de la faune et de la flore, qui attire toujours plus de fans de nature.
Sur cette route qui longe le pacifique, nous n'auront pas rencontré beaucoup de natifs du pays. Mais même dans les lieux où tout est privatisé et où l'argent
est roi nous avons rencontré l'hospitalité. Lors de notre tournée des restaurants pour jouer de la musique et gagner un peu d'argent pour se payer le Gallo Pinto, plat traditionnel, nous avons
tenté notre chance dans un restaurant 4 étoiles. Le patron n'a pas voulu que nous jouions pour les clients mais pour lui seul, et ému par notre manière de voyager il nous a invité à
manger, à camper dans l'hôtel et à se prélasser dans la piscine. "Pura vida mae!"
"Pura vida". C'est l'expression qui caractérise ce pays. On s'en sert pour dire bonjour, merci, de rien, c'est cool, je vais bien et encore tout plein d'autre
trucs. Mais c'est surtout synonime du bonheur qu'ont les gens de vivre ici en étant entourés d'une nature si riche.
Nicaragua
L'entrée au Nicaragua c'est d'abord la découverte des tortillas, galette de maïs qui se mange à chaque repas. C'est aussi plein de nouvelles odeurs, de
nouvelles couleurs sur les habits traditionnels et une empreinte des Etats Unis bien moins présente. "Je crois que là on est de plein pied en Amérique centrale!"
Au Nicaragua, la famille Zarmalouloux s'agrandit. Nous voyageons avec Daniel, qu'Arthur a rencontré à Libéria, notre dernière escale au Costa Rica. Daniel, cyclo
holandais, a 24 ans et profite de ses vacances universitaires en anthropologie et économie pour aller de San Jose (capitale du Costa Rica), à Cancun (Mexique). Le courant passe tout de suite
bien... et nous passerons au total 10 jours à nous connaître et à partager de très forts moments qui seront pour nous les souvenirs de ce pays enchanteur qu'est le Nicaragua.
Quand on demande à Daniel "tu joues d'un instrument?" il
nous répond "oui, un peu de
trompette" ça tombe bien, on en a une! Dés le deuxième soir, à San Juan del Sur, ville balnéaire au bord du Pacifique, avec plein de bars et de restaux pour aller chanter, Daniel nous
accompagne à la trompette!
En voulant nous rendre à Chacocente, une réserve naturelle protégée par la marine, lieu très particulier où en octobre, chaque nuit, 20 000 tortues viennent
pondre sur la plage de 1.5km, nous nous tromperons plusieurs fois de chemins et ne serons pas autorisés à emprunter un chemin plus direct mais privatisé. Au final, ces petits détours nous
ont permis de passer par de tous petits chemins de terre comme cela faisait longtemps que nous n'avions pas pratiqué, découvrant ainsi le Nicaragua profond, plein de charmes...
Sur le chemin, on croise beaucoup moins de véhicules motorisés, que de gens à vélo (trés souvent à deux ou trois dessus) de charrues tractées par des
boeufs, de cavaliers à cheval, souvent coiffés de beaux chapeaux blancs, style cow-boy et quasi toujours une machette à la main ou dans son fourreau.
Les conditions de vie sont très simples. Il y a peu d'eau courante, les gens puisent l´eau de leurs puits qu'il y a devant presque chaque maison. On retrouve les
toilettes comme il y en avait beaucoup au Pérou ou en Bolivie, dans des cabanes de toile ou de métal, au dessus d'un trou. Il y a aussi beaucoup de chèvres, de cochons et de poules en liberté sur
les bords de la route et dans les maisons.
Les gens sont très avenants. Presque tous nous saluent à notre passage, agitant la main ou par un "adios!" (aurevoir), "que les vaya bien!" (Portez vous bien!),
"que dios les acompaña!" (Que Dieu vous accompagne!) ou un cri de joie "Hey!" et comme d'habitude, beaucoup de "gringo!", "Hello baby!","yes my friend!", contents et morts de rire de crier les
quelques mots d´anglais qu´ils savent à des gringos que nous sommes selon eux...
A Chacocente, on apporte les dernières touches à la création du spectacle, qu'on a présenté aux militaires, ravis. Départ épique de la réserve, sous un
cagnard de plomb, sur un chemin de boue bien grasse (après une bonne pluie tropicale), collant entre les roues et les gardes boue, à ne plus pouvoir rouler. Il faut pousser , voir porter le vélo.
Le tout avec un bon relief, sans croiser âme qui vive et donc une étape sans ravitaillement en eau et nourriture.
En fin d'après-midi, quand ça commence à devenir vraiment dur, on retrouve enfin l'asphalte (il y a des fois on le bénit quand même!) et des habitations pour
se faire un festin de petits biscuits et de deux assiettes de "gallo pinto" (riz- "frijoles":haricots rouges, le plat typique de base dans toute l'Amérique centrale), offert par de gentilles
familles.
Arrivée à Buena vista, charmant petit village où l´on s'arrête manger des mangues (comme ça nous arrive très très souvent!). C´est là qu'arrive comme une fleur, la joyeuse
Margarita qui nous ramène un dulce de Manguos (genre de confiture), cuite avec le noyau dans du miel et de la cannelle... un vrai délice! Et pour l'accompagner, elle nous offre une grosse carafe
bien fraîche de Pinol, une boisson typique à base de maïs toasté... riquisimo!
Bien amadoués, on décide de rester dormir sur le terrain de l´"église" que sa famille a généreusement offert pour sa construction.. Margarita vit avec sa mère
Tiodora de 73 ans et sa grande tante Rosa de 90 ans. Elle a 2 frères et 9 soeurs. Ces femmes m'ont impressionné par leur force, leur douceur et leur beauté. Dans leurs yeux transpire la sagesse
et la bonté.Quel bonheur de leur donner la main, de leur faire un abrazo (accolade), de recevoir leur bénédiction. Avec elles, on apprend à faire des tortillas... pâte moulue au moulin, puis
pétrie avec une pierre ovale sur une autre pierre plate, et cuite au feu de bois sur une plaque de fonte courbe.
Le lendemain matin, nous avons présenté notre nouveau spectacle à la petite école du village, où ils fêtaient la fête des grands mères et des
mères. Ce fut un très beau moment. Nous avons dansé, écouté des chants, regardé des danses traditionnelles et les mamies danser les yeux bandés avec un bâton qu'elles agitaient dans l´air avec
conviction pour tenter de faire tomber la piñata (un paquet en papier maché, suspendu à une corde que l'on fait bouger et à l'intérieur duquel se cachent des friandises), et se jeter
ensuite par terre comme des enfants pour ramasser le butin de bonbons!
Notre dernière étape avant de passer en Honduras et de nous séparer avec nostalgie de notre frère hollandais... la joyeuse ville de Leon. Nous cherchons une
école pour présenter le spectacle en échange de deux nuits d´hébergement. La petite école que l'on trouve est très mignonne. Doña Dora Marcelina, la gardienne qui vit avec ses deux filles nous
accueille avec grand coeur. Elles sont très chrétiennes (comme la plupart des gens en Amérique centrale), et ne sortent jamais à ce quelles disent, ce qui fait de l'échange un moment très riche
pour chacun.
Au revoir émouvant avec Daniel qui souhaite faire une boucle plus longue au Nicaragua, et derniére ligne droite pour le Honduras.
Honduras
Nous ne verrons que la côte pacifique du Honduras, juste 100km, juste un aperçu avant de passer au Salvador. Mais dans ce pays espace de terre que nous traversons,
un concentré de bonnes choses va nous arriver, qui fera que nous
nous y attarderons 4 jours au lieu de 2 prévus à la base. Le premier jour nous arrivons à la ville de Choluteca. Chacun se trouve un feu rouge pour
jongler et gagner le pain du soir. Ici, la monnaie n'est pas très forte, il n'y a pas beaucoup de pièces qui circulent et c'est ainsi que nous nous retrouvons avec des grosses liasses de billets
en poches après quelques heures. Et va venir à nous une chose qui a bien plus de valeur que n'importe quelle liasse de billets. Une famille au coeur grand comme ça! Frances (la mère), María José
(10 ans), Clarisa (13 ans), MaríaJosefin a (9 ans), et Diego (15 ans) débarquent tous à vélo au feu où jonglent Sybille et Fourmie. -"Vous parlez espagnol? - si si ! -D'où venez vous? - De
France. - Ça vous dirait de venir à la maison ? On a un restaurant dans la ville coloniale... Vous pourriez boire ou manger quelque chose et puis si vous vous sentez bien vous resterez à la
maison, les enfants seraient ravis !" C'est ainsi qu'on se retrouve catapulté, pour notre plus grand bonheur, dans une maison gigantesque. On passe la soirée à jouer avec les enfants, à discuter
avec les parents et à gouter les spécialités de leur restaurant. Le lendemain nous sommes invités à découvrir leur école et à y jouer notre spectacle. C'est une école Montessori. Ici, les élèves
jusqu' à 6 ans ne sont pas séparés par classe. Ils sont tous ensemble dans une salle équipé de matériel "Montessori". La curiosité de l'enfant est la base de leur apprentissage. Le professeur
possède un rôle de médiateur et chaque élève peut enseigner ce qu'il sait à son camarade et ainsi apprendre encore plus. Après avoir joué notre spectacle devant un public en folie, les élèves
nous présentent leur spectacle de danse où toute l'école participe. Nous mangeons avec eux à la cantine et restons encore 2 heures à partager ensemble. Au moment de partir, les professeurs et
élèves lèvent les mains au ciel et prient pour que tout le meilleur nous arrive lors de notre voyage. Et pour s'en assurer, notre famille adorée va nous accompagner en vélo jusqu'à la prochaine
ville où nous passerons la nuit dans la maison des grands parents absents. Avec tant de bonheur accumulé dans ce pays, c'est tout légers qu'on entre au Salvador.
Salvador
A Ursulutan, nous retrouvons enfin notre compagnon de route argentin Titan. Il était resté un peu plus de temps avec Carlos, notre colombien préféré, au
Panama et Costa Rica, ne pouvant résister à la tentation de se frotter aux spots d'escalade environnants. Carlos lui, en tant que colombien, ne pouvait obtenir le visa du Costa Rica à la
frontière. Après avoir roulé quelques jours avec la peur de se faire arrêter par la police en tant qu'illégal dans le pays, il a préféré se diriger vers le Brésil pour rejoindre nos autres
compères à vélo, Bessa et Tuity.
C'est donc à 7 que nous passons 2 jours à Ursulutan, chez les pompiers à répéter le spectacle. On le présente devant la caserne hilare et une poignée de passants interloqués. Après quelques
minutes, un des passants vient nous voir, pour nous proposer de jouer le soir même dans le chapiteau de cirque installé à côté de la caserne. Deux heures plus tard, après une organisation
expéditive on se retrouve chacun à son tour propulsé sur la piste aux étoiles. La pression est à son comble pour nous. Alors que je me change dans la caravane, on vient me chercher pour me dire:
"c'est déjà commencé, les filles finissent de danser et c'est à toi. - Hin...? Quoi...? Maintenant...?" Je me dirrige vers les coulisses, les filles sortent, la musique tonitruhante
s'arrête, silence, je passe ma tête par le rideau, glupps, il faut que j'y aille. Mon clown prend ma place et c'est parti. La voix de Monsieur Loyal est présente tout au long du show pour
combler les baisses de régime, donner de l'intensité à certains moments, nous porter et nous animer pour y croire. Ce fut une expérience unique et très intense malgré sa brièveté. Et ça a aussi
été la rencontre de deux écoles de cirque bien différentes.
Le Salvador ça a été le pays le plus chaud d'Amérique centrale, pas seulement à cause du soleil brulant mais aussi à cause de la violence qui règne ici. En
effet, après avoir connu une guerre civile de près de 30 ans entre le gouvernement formé en grande partie de militaires à la botte de grandes familles issues de l'oligarchie de propriétaires
terriens coloniaux ou nord américains et des mouvements populaires (accords de paix :1993) le désir de paix des habitants n'est toujours pas comblé. Des gangs, animés par des intentions
populaires à la base, se livrent aujourd'hui à des baggares sanglantes. Nous avons été mis face à cette réalité lors d'une fin d'après midi en cherchant un lieu pour dormir. Dans un petit
village, nous demandons à une petite fille qui nous dépasse à vélo, s'il est possible de camper près du ruisseau. Elle nous répond que c'est dangereux car il vient d'être réglé un "petit
problème". En arrivant au niveau du pont, il s'avère que le "petit problème" c'est un homme affalé par terre depuis une heure avec un trou dans la tête. Il a voulu ne plus faire parti d'un gang
et en a subi les concéquences.
La plus part des gens qui entrent dans les gangs aujourd'hui sont, d'après les dires, des jeunes qui se sont rendu aux
Etats-Unis illégalement pour
travailler, qui se sont fait expulser, et qui démotivés devant le peu d'argent qui se gagne au Salvador se sont tournés vers les gangs pour assouvir leur soif d'argent. Cette violence ne se passe
qu'entre les gens des gangs, nous n'avons jamais rien eu à craindre, et tous les gens que nous avons rencontré étaient toujours attentionnés envers nous. Comme cette famille que nous avons
rencontrée en quittant la ville de Zacatecoluca. Ils nous alpaguent gentiment alors que nous sommes arrêtés en face d'une église où ils fêtent la Vierge Fatima. Nous sommes invités à boire
un chocolat et manger un bout ensemble puis ils nous ouvrent la porte de leur foyer pour passer la nuit. Tout le quartier est devant sa porte, intrigué par ces voyageurs venus se perdre par ici.
Pendant ce temps là nous trouvons la paix et la sérénité dans ce foyer en apprenant des jeux de société avec les enfants et en écoutant des chants religieux inspirés avec les plus grands. Et puis
il y a toujours les rires des enfants pour nous rendre le coeur léger dans les écoles où nous passons faire notre spectacle. Depuis peu c'est avec une bombe de peinture que nous laissons une
trace picturale dans les écoles en y posant notre signature.
Guatemala
Dès l'entrée au Guatemala c'est une nature très impressionnante qui nous acceuille. Il y a des arbres gigantesques
sur le bord de la route, des amatés perchés à 15 mètres de haut dont
les racines se baladent sur un pan rocheux jusqu'à atteindre le sol et une jungle bouillonnante de sons d'insectes, grenouilles et oiseaux mystérieux. Les habits traditionnels ont autant de
couleurs que les oiseaux. Ils sont portés par les hommes comme par les femmes. Sur leur tête, les femmes portent souvent de grosses charges ainsi qu'un bébé dans le dos et un magnifique sourire
dont la moitié des dents sont en argent. Il y a comme un air de Bolivie dans ce beau pays!
Après la chaleur étouffante du Salvador, on se dirrige avec alégresse vers la fraicheur des montagnes et plus particulièrement vers la ville d'Antigua
Guatemala. Ancienne capitale, ville coloniale aux pavés et vieilles maisons peintes aux couleurs provencales. Là, nous avons rendez-vous avec Lou, une française que nous avons rencontré sur le
bateau entre la Colombie et le Panama. Nous passerons quelsques jours dans sa maison, à se sentir comme chez nous, profitant de ce confort inhabituel entre grosses bouffes et concerts de salsa ou
cumbia. Cette ville dédiée au tourisme et aux riches guatémaltèques c'est un peu comme un petit DisneyWorld dans le Guatemala, "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". En passant
quelques heures à la capitale toute proche pour gagner quelques Quetzals (monnaie nationnale) en jonglant au feu rouge une toute autre réalité du Guatemala nous apparaît. Beaucoup de pauvreté et
de violence avec des voitures qui se font braquer arme au poing en plein jour. Mais aussi de belles amitiés comme avec le groupe de Gypsy Cumbia "Calimosho" avec qui nous passerons plusieurs
jours à rire et partager de la musique.
Puis, asphyxiés par l'atmosphère pesante de la ville, nous allons nous frotter à la magie des ruines maya de Tical. Les ruines n'étant pas du tout sur notre route nous nous y rendons en
stop, à l'arrière d'un pick-up ou d'un camion, le vent dans les cheveux et le paysage qui défile beaucoup plus vite que d'habitude. A notre arrivée sur le site, un gardien nous prend à parti et
nous propose de nous faire rentrer, pour moins cher que l'entrée officielle, tout en pouvant passer la nuit sur le site. "Tous les gardiens sont au courant, c'est un bizness que nous
avons mis tous en place car le gouvernement a augmenté le prix des billets d'entrée pour mieux payer le personnel mais nous n'avons jamais vu cet argent. Et ça permet à quelques touristes de
pouvoir réellement ressentir la forte énergie qui se dégage en ce lieu." Hésitants, on finit par accepter et un gardien amoureux de cet endroit, nous fait partager son savoir tout en nous guidant
à travers les ruines. Le site de Tical est une réserve naturelle, et les pyramides sont perdues au milieu de kilomètres carrés d'arbres gigantesques où se nichent singes et oiseaux aus couleurs
hallucinantes. Nous allons sur la plus haute pyramide pour admirer le coucher de soleil et se faire bercer par le chant de cette jungle imposante d'où emerge, perdus dans cette immensité, le
dernier étage de certains édifices. Puis le soleil laisse sa place à la pleine lune, qui va ouvrir pour les privilégiés que nous sommes, les portes d'un site maya qui devient pure magie sous
cette pâle lumière. L'imagination, qui s'emballe dans cette athmosphère nocturne, fait parfois revivre les anciens habitants de cette ville, disparus on ne sait comment.
Les mayas étaient des astronomes et mathématiciens d'exeption. Le calendrier, basé sur l'observation du soleil, de la lune et des étoiles, est plus précis que notre
calendrier grégorien. Ils pouvaient prédire très précisément la venue d'une éclipse des centaines d'années plus tard et envisageaient le temps en cycles, qui pour les plus grands, sont basés sur
des milliers et milliers d'années. Ça fout le vertige et c'est dans cet état là qu'on déambule au milieu de ces ruines fantômatiques. Puis, au milieu de cette nuit épaisse, un singe hurleur vient
rompre le silence dans lequel nous flottions. Un autre lui répond, puis un autre... ils ont l'air d'être à des kilomètres de là. Le vertige s'empare alors complètement de nos corps, on se sent
minuscules au beau milieu de cette jungle épaisse et encore plus minuscules face à la course infinie des étoiles que les mayas observaient. Mais quel meilleur moment que maintenant, quel meilleur
endroit qu'ici quand le monde qui nous entourre devient pur fantasme et la réalité un rêve où il est bon de ce sentir flotter au sein de l'Infini.
Le monde des rêves, nous allons le rejoindre en allant dormir au sommet de la plus vieille pyramide appellée "el
mundo perdido". Là haut, une plateforme a été érigée pour avoir une
vue à 360 degrés et observer la voute celeste afin d'apprendre ce qu'elle peut nous dévoiler. Le chant de la lune nous apporte le sommeil et c'est le soleil transperçant la brume matinale
qui va nous réveiller. A cette heure là, cette pyramide est aussi parfaite pour observer le va et vient des nombreux oiseaux exotiques.
L'aventure au monde maya terminée, nous nous dirrigeons vers le lac Atitlan. C'est sur les berges de ce lac entouré
de volcans que Cyrilo, Arthur et Titan nous ont attendus en pratiquant toujours plus cette chère Cumbia colombienne. Là nous rencontrons d'autres musiciens et quelles que personnes qui nous
en apprennent pas mal sur la culture maya.
Une semaine plus tard nous sommes déjà à la frontière mexicaine. Des journalistes nous suivent jusque là et nous passons une heure à être interviewvés. Il parraît
même qu'on est passé à la télé nationale. Une trace de plus de notre passage en Amérique centrale, elle qui a laissé tant de traces en moi.
Nous sommes maintenant au Mexique. L'Amérique centrale résonne encore dans mon coeur...